Le SKYRAIDER

Le 12 avril 1959, le colonel Pierre Delachenal, inspecteur de la chasse, fut envoyé aux Etats-Unis par le CEMAA (Chef d'Etat-Major de l'Armée de l'Air) afin de trouver un successeur au T-6. Accompagné du colonel Bardou (officier mécanicien) et d'un ingénieur de la DTCA (Direction Technique des Constructions Aéronautiques), il se rendit sur la base de Litchfield Phœnix (Arizona), où étaient stockés des centaines d'avions dont des North American T-28 (futurs Fennec) cédés au dixième du prix «catalogue».
Six vols d'exercice opérationnels et la commande de kits de modification auprès d'un industriel permirent de conclure rapidement le marché. Ayant aussi découvert sur place un nombre important d'AD-4, vendus dans les mêmes conditions, le colonel Delachenal demanda au général Jouhaud s'il pouvait examiner la possibilité d'en acquérir quelques-uns en vue du remplacement éventuel des P-47. L'AD-4 n'étant plus en service, il fut invité à tester la version AD-5 dont les performances étaient assez similaires au sein d'une unité du Marine Corps, près de Washington. Convaincu des qualités du Skyrayder pour les opérations "menées en Algérie, il obtint du CEMAA le feu vert pour le commander. Sa mission s'acheva le 2mai 1959.
Une course marathon s'engagea alors pour que les Skyrayder soient opérationnels le plus rapidement possible. Les américains se disaient prêts à livrer les appareils à Norfolk six semaines après la signature du contrat de vente. Le prix unitaire était de 16 000 $, les appareils furent modifiés par la SFERMA (Société Française d'Entretien et de Réparation de Matériels Aéronautiques). Le contrat AD-4 porta sur une première commande de cent trois avions, soit trois de pré-série (dont un utilisé comme maquette), quatre-vingts de série et vingt destinés à la récupération de pièces. Ils étaient stockés depuis deux ou trois ans et leurs cellules totalisaient entre 600 et 2 600 heures de vol. Convoyés en vol de Litohfield Park à Norfolk par FUS Navy, ils furent acheminés à Saint-Nazaire par porte-avions français avant d'être pris en compte par la SFERMA et convoyés en VFR à Bordeaux-Mérignac. A leur arrivée, les pilotes émettaient de temps à autre des remarques quant au comportement de leur machine. Ainsi, le 126935 (futur SFERMA 56) se vit qualifier de mauvais avion ! Sa carrière n'en fut pas moins longue puisqu'elle s'acheva en 1977 dans l'Armée de l'Air tchadienne, vingt-cinq ans après son premier vol le 29 août 1952.
La cadence prévisionnelle des arrivées à Saint-Nazaire était fixée ainsi : trois Skyrayder fin décembre 1959, de douze à quatorze début février 1960, puis entre douze et seize tous les mois.
Prévues contractuellement en deux lots de trente et cinquante et un avions, les livraisons à l'Armée de l'Air devaient s'échelonner, pour le premier, au rythme de deux appareils le 15 mars 1960, six le 30 mars, dix le 30 avril, dix le 31 mai et deux le 30 juin.
Etant donné les délais très courts imposés, les travaux de révision furent limités et le potentiel cellule de cette tranche restreint à dix-huit mois. Les machines du deuxième lot suivirent dans la foulée, deux étant réceptionnées le 30 juin, six le 31 juillet, huit en septembre, huit en octobre, huit en novembre et huit en décembre, six en janvier 1961 et cinq en février (dont l'avion maquette, ce qui explique le chiffre de 51 et non de 50).
Le coût des révisions et transformations était compris dans une fourchette de 310 000 à 410 000 francs. Dans les faits, les travaux furent, du moins au début, exécutés plus rapidement puisque le premier Skyrayder opérationnel se posa dès le 4 février 1960 à Boufarik. Les vois d'essai et de mise au point furent confiés à la SFERMA, puis les avions étaient remis au CEV en vue d'être contrôlés avant leur transfert à l'EAA 601 de Châteaudun où ils étaient pris en charge par les convoyeurs. Le CEV assurait notamment la vérification de l'aptitude au tir. Afin de ne pas retarder la mise en service de l'appareil, il ne fut pas jugé nécessaire de mettre un AD-4N à la disposition de cet établissement pour l'étude complète du fonctionnement de l'équipement radio. Trente des quarante deux Skyrayder de la seconde commande suivirent le même chemin. Les douze autres, destinés à servir d'avions magasin comme les vingt de la première commande, furent réformés par la CAR (Circonscription Aéro-nautique Régionale) de Toulouse.Quant aux moteurs, en assez mauvais état, ils furent confiés à Air France Courbevoie qui, manquant de pièces, eut du mal à tenir la cadence. Une situation qui fut rétablie au début du second semestre 1960 par l'achat de rechanges directement aux Etats-Unis. Les hélices, elles, furent révisées à l'AlA n° 1 (Atelier Indus-triel de l'Air).
Tous ces aléas eurent finalement peu d'incidence sur les livraisons à l'Armée de l'Air qui alignait trente six avions en septembre 1960 (contre quarante programmés). Au total, cette dernière reçut cent treize Skyrayder 9 de trois versions différentes.
La première unité équipée en Algérie fut la 20" escadre de chasse (Escadron 1/20 «Aurès Nemenchas», 2/20 «Ouarsenis» et 3/20 «Oranie»). Ces unités remplacèrent les P 47, à bout de souffle, par les Skyrayder. Après le 19 mars 1962, les unités utilisant ces appareils furent déployées, en Afrique : Tchad, Djibouti et Madagascar. Les «Sky» étaient de très grosses bêtes. Ils étaient entraînés par un moteur Wright en étoile de 2 700 CV, et volaient à une vitesse maximum de 540 km/h. Ils étaient armés de 4 canons AN M3 de 20 m/m avec 200 obus chacun, des roquettes de divers modèles, dont la T 10 française. Ils pouvaient également larguer des bombes ou des «BS» (bidon spécial), une appellation utilisée pour les bidons de napalm...
Après le retrait de l'Armée de l'Air les Sky restant furent livrés au Gabon où ils armèrent la garde présidentielle. C'est dans les stocks de cette garde que furent récupérés les quelques Skyrayder volant encore aujourd'hui en France dans les meetings.
Jacques Moulin
D'après «Les Skyrayder dans l'Armée de l'Air» de Michel Fournier et Jean-Louis Gayne-coetche, supplément Hors Série d'octobre 2007 du magazine Air Fan en vente dans les bureaux de presse.

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